Les régions au Québec font l’objet d’un enjeu sociopolitique de développement depuis la deuxième moitié du 20esiècle. Historiquement, elles disposent de structures administratives peu respectées des ministères et des agences gouvernementales. L’existence des régions administratives en tant qu’institutions n’est reconnue qu’à partir de décembre 1991, avec l’entrée en vigueur de la Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant les affaires régionales. Jusque-là, les régions évoluent néanmoins comme des lieux d’interactions sociales où fourmillent de multiples acteurs de manière peu coordonnée. Depuis le début des années 1960, les communautés des régions périphériques, dont l’Abitibi-Témiscamingue, réalisaient leur éloignement des décisions prises dans les grands centres et des préoccupations politiques, économiques et sociales qui les soutenaient. Néanmoins, ils partageaient une identité et des préoccupations propres à leur région, et souhaitaient pouvoir intervenir dans les décisions qui les concernaient.

Dans les années 1970 et 1980, des événements d’envergure internationale, dont la montée du prix du pétrole et l’adoption de politiques favorisant le libre-échange, ont créé des conditions qui favorisèrent le démantèlement de l’État-providence. L’adoption de politiques de libre-échange provoqua la désindustrialisation du Canada, laquelle occasionna une augmentation rapide du nombre de chômeurs et d’assistés sociaux. Les gouvernements fédéral et québécois voyaient leurs revenus diminuer en même temps qu’ils devaient assumer une augmentation des dépenses liées aux programmes sociaux. Ne pouvant plus compter sur le financement de l’État pour consolider les facteurs de croissance économique, les collectivités envisagèrent de plus en plus une prise en main de leur économie aux échelles locales et régionales et la nécessité de se concerter pour y parvenir.

Parmi les multiples mesures gouvernementales destinées à reconnaître et soutenir les régions, notons en 1966 la création de 10 régions administratives et de 25 sous-régions en vue de réaliser un déploiement de services sur l’ensemble du territoire québécois. La même année, le gouvernement du Québec accorde un financement aux conseils économiques régionaux (CER) de sept régions et soutient la création de ces organismes dans trois autres. À cette époque, le Conseil économique du nord-ouest du Québec (CERNOQ) existait depuis plus d’un an et son territoire d’intervention couvrait la région actuelle de l’Abitibi-Témiscamingue ainsi que dans son prolongement vers le nord, soit la portion ouest de la Jamésie jusqu’au 51eparallèle. La création du CERNOQ a établi les premiers jalons de la concertation régionale pour ce territoire.

En 1968, le Québec adopte la Loi sur l’Office de planification du Québec (L.R.Q., c. 0-3). L'organisme qui en découle se voyait décerner certaines responsabilités en matière de développement régional. En 1970, l’Office de planification et de développement du Québec (OPDQ) est créé et le Conseil d’orientation économique du Québec est aboli. Au cours de la même année, les conseils économiques régionaux sont remplacés par les conseils régionaux de développement (CRD). En 1992, le gouvernement du Québec adopte sa politique de développement régional, mieux connue sous le nom de réforme Picotte. L’adoption de cette politique conduit à la mise en place d’un CRD dans chacune des 16 régions administratives établies selon le découpage territorial de 1987. À la Baie-James, la Conférence des Municipalités nordiques convoque une assemblée de fondation qui doit avoir lieu à Matagami le 16 décembre 1993. Lors de cette rencontre, le maire de Chibougamau, M. Ronald Blackburn, est élu président du premier Conseil régional de la Radissonie. Le nouvel organisme compte 26 membres au sein de son organisation et poursuit une mission de coordonner le développement régional sur le tout le territoire non autochtone correspondant à l’actuelle Jamésie. En 1996, la dénomination de l’organisme est modifiée pour celui de Conseil régional de développement de la Baie-James (CRDBJ).

À la fin de 2003, à la suite à l’adoption de la Loi sur le ministère du Développement économique et régional et de la Recherche (L.R.Q., c. M-30.01), les CRD sont remplacés par les conférences régionales des élus (CRÉ). En vertu de l’article 97 de cette loi : « Pour la région administrative du Nord-du-Québec, une conférence régionale des élus est instituée pour le territoire de la Municipalité de Baie-James et celui des villes de Chapais, de Chibougamau, de Lebel-sur-Quévillon et de Matagami alors que l’Administration régionale Kativik et l’Administration régionale crie sont réputées agir à titre de conférence régionale des élus pour leur communauté respective. » Un des mandats principaux des CRÉ consiste à évaluer les organismes de planification et de développement financés entièrement ou partiellement par le gouvernement et qui interviennent aux paliers local et régional. Les CRÉ ont également comme mandat premier de favoriser la concertation des partenaires dans leurs régions respectives et de donner, le cas échéant, des avis au ministre sur le développement de la région.

À compter du 1er janvier 2014, le Gouvernement régional d'Eeyou Istchee Baie-James entrait en fonction, en remplacement de la Municipalité de Baie-James. Conformément à la Loi instituant le Gouvernement régional d'Eeyou Istchee Baie-James (L.R.Q., c. G-1.04), ce dernier a compétence sur le territoire de la Municipalité de Baie-James à laquelle elle succède, exception faite des terres de catégorie II. Ce nouveau gouvernement est réputé agir à titre de conférence régionale des élus en regard des fonctions d’une commission régionale des ressources naturelles et du territoire. En vertu de la Loi instituant le Gouvernement régional d'Eeyou Istchee Baie-James, la Conférence régionale des élus de la Baie-James est devenue l’Administration régionale Baie-James. Désormais, dans la région administrative Nord-du-Québec, les compétences d’une conférence régionale des élus sont partagées entre l’Administration régionale Baie-James, le Gouvernement régional d'Eeyou Istchee Baie-James, le Gouvernement de la nation crie et l’Administration régionale Kativik.

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